Joyeux Noël Gus' !
De la part de Yuliie.
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" Incohérence. "
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Bill n'avait jamais été un garçon conventionnel. Et il s'en foutait. Il avait peu d'amis. Encore moins d'amies. Mais ça n'avait pas d'importance. Il avait décidé que les avis des autres ne conditionneraient pas son existence, qu'il vivrait sans se préoccuper d'eux. Son frère et son meilleur ami étaient là, et c'était tout ce qui comptait.
Il avait onze ans quand il avait décidé que désormais, il ferait ce qu'il voulait, ce n'étaient ni ses parents, ni ses professeurs, encore moins les autres gosses, qui le forceraient à être ce qu'il n'était pas. Il préférait se battre pour être lui-même, plutôt que se battre contre lui-même.
Tout était parti d'une histoire de fringues, une énième moquerie concernant son tee-shirt bizarre avait achevé de le convaincre. D'abord ce tee-shirt n'était pas bizarre, il l'avait découpé lui-même et avait demandé à Simone de coudre des pièces de tissus multicolores dessus. Il le trouvait vraiment beau, c'était la première fois qu'il faisait quelque chose presque tout seul, et il avait été très fier de le porter. Personne n'aurait le même que lui, c'était certain maintenant. Mais l'autre idiot du collège avait tout gâché, il avait dit que son tee-shirt venait de la déchetterie, un peu comme lui en somme. Bill avait serré les poings et les larmes lui étaient montées aux yeux, mais il n'avait pas pleuré. Pas cette fois, c'était fini maintenant, plus à cause des autres. Puis Tom était intervenu, il avait foncé sur l'autre imbécile et avait essayé de le frapper de toutes ses forces. Evidemment, il s'était fait punir, mais Tom aurait été prêt à n'importe quoi pour que son petit frère ne soit pas malheureux. Personne ne devait l'insulter. Personne ne devait lui faire de mal. Jamais. Et c'était son rôle de grand frère de le défendre. Il n'était son aîné que de dix petites minutes mais prenait son rôle très à c½ur, Bill avait besoin de lui, comme lui avait besoin de Bill, même s'il avait déjà appris à ne pas le montrer. Sans vraiment savoir pourquoi, mais c'était comme ça.
Ce soir là, Bill rentra seul chez lui, puisque Tom était collé. Il jeta son sac par terre, enleva ses chaussures sans défaire les lacets, Gordon allait râler, mais tant pis, et il monta directement à l'étage.
Une fois en haut, il s'enferma à double tour dans la salle de bain et se posa devant le grand miroir fixé sur l'horrible meuble blanc où sa mère rangeait tout le linge de toilette.
Ses cheveux étaient un peu long, une espèce de coupe au bol qui ne lui plaisait plus du tout, mais qu'il avait pourtant réclamé des semaines durant. Il examina son visage, il le trouvait banal, rien ne le démarquait vraiment des autres, il se dit qu'il voudrait être comme Tom, c'était un peu bête, tous deux se ressemblaient comme deux gouttes d'eau absolument identiques, mais il trouvait son frère plus beau, sûrement son sourire narquois, ses yeux rieurs. Il regarda ses vêtements, il se dit qu'il aimait vraiment ce tee-shirt, mais que son pantalon était nul, c'était un pauvre jean large et noir, simple.
Il fallait que ça change.
Il devait ressembler à ce qu'il était. C'est tout.
Il sortit de la salle de bain pour se rendre dans sa chambre où il la chercha, et là tout au fond d'une boîte tapie dans son armoire, il trouva la petite pochette en laine rouge et noire. Précautionneusement il l'ouvrit et en sortit le contenu.
Quelques pièces et billets, pas grand-chose, mais ça suffirait.
Lorsqu'il s'enferma à nouveau dans la salle de bain une heure plus tard, après être allé au centre commercial, il se dit qu'il allait sûrement se faire engueuler mais qu'il s'en foutait.
En fait, Simone ne le disputa même pas, elle fut simplement surprise. Gordon était un peu plus réservé, mais ne dit rien non plus. Ils avaient toujours été du genre
cool, mais Bill s'était dit qu'il était peut-être allé un peu loin.
« Tu aurais dû me demander, Bill, je t'aurais aidé, tu t'es mis du produit partout, tu as des tâches noires sur le front. »Bill haussa les épaules.
« Ca partira. La prochaine fois, tu me le feras. »Simone avait toujours considéré que ses garçons devaient s'exprimer, elle avait posé certaines limites mais en règle générale, Bill et Tom pouvaient faire ce qu'ils voulaient.
« Mets la table, ton frère ne devrait pas tarder à rentrer. » Elle soupira
« Il faut vraiment qu'il arrête de se battre. »Elle était au courant, évidemment, le collège avait dû l'appeler.
« Il m'a défendu »
« Je me doute »Bill fit ce que sa mère lui avait demandé puis alla se poser dans le salon, il alluma MTV et attendit que Tom arrive. Il sentait encore l'odeur chimique de la couleur qu'il avait faite une demi-heure plus tôt. Ses yeux le piquaient un peu, il avait mis un trait de crayon juste sous ses cils, comme il avait vu sa mère le faire bien souvent auparavant. Il s'était déjà maquillé, le dimanche, pendant les vacances, juste pour voir. Mais là, ça lui plaisait vraiment, avec ses cheveux, c'était bien. Simone n'avait rien dit pour ça non plus. Tant mieux.
Il avait mis la chaîne musicale espérant voir le dernier clip de sa chanteuse préférée, ses parents l'avaient emmené à son concert deux semaines plus tôt, et il n'arrivait pas à se sortir de la tête tous les moments qu'il avait vécu là-bas, c'était la première fois qu'il la voyait en vrai et ça avait été dément.
Il entendit la porte du vestibule claquer et le bruit étouffé d'un sac à dos jeté à terre, Tom était rentré. Bill était un peu nerveux, il se demandait ce qu'il allait penser de tout ça, l'avis de son frère était toujours le plus important, plus que le sien même, si Tom n'aimait pas il était capable de tout enlever. Comment ? Il ne savait pas vraiment, mais il ferait en sorte que tout redevienne comme avant.
Il savait que Tom allait venir dans le salon alors il attendit. Assis tout droit sur le canapé, les mains crispés sur son jean, il attendait. Tiens, Green Day, c'était pas la chanson qu'il attendait, mais ça irait. Il écoutera Nena ce soir, avant de s'endormir.
« Wow... »Bill tourna vivement la tête et rougit.
Tom était dans l'encadrement de la porte et le regardait, bouche bée.
« Tu aimes ? » demanda vivement Bill.
« Wow...c'est...différent »
« Oh, tu n'aimes pas... » Bill avait les joues en feu, il réfléchissait à toute vitesse, combien de temps mettrait la couleur à partir, combien de temps il mettrait à monter jusqu'à la salle de bain pour enlever le maquillage...
« Si ! J'aime, c'est juste...nouveau, mais ça te va bien » Tom était gêné, faire des compliments n'était pas la chose pour laquelle il était le plus doué.
« Tant mieux » ajouta doucement Bill, il était soulagé que ça plaise à Tom, parce que lui, ça lui plaisait vraiment beaucoup.
« Mais tu vas...hm, tu vas aller à l'école comme ça ? »
« Comment ça ? »
« Hm...avec le noir, euh aux yeux. »
« Oui, j'aime bien. » Bill douta, son frère voulait dire quoi par là ?
« D'accord, ça veut dire que je vais devoir me battre deux fois plus pour toi alors... »Tom n'eut même pas à terminer sa phrase pour comprendre qu'il avait dit une bêtise. Bill baissa les yeux, puis les releva vers Tom, ils étaient pleins de larmes.
« Je t'ai pas demandé de le faire »Il se leva. Il était triste, un peu en colère contre Tom.
« Bill, c'est pas c'que j'voulais dire...tu sais... »
« Ouais, mais tu l'as dit quand même. Je suis capable de me défendre tu sais. J'ai pas besoin de toi ! »Tom fronça les sourcils et laissa Bill quitter la pièce sans rien dire, il le connaissait suffisamment pour savoir qu'il était inutile de lui parler quand il était en colère comme ça. Il l'entendit monter rageusement les escaliers et s'enfermer dans sa chambre. Tom soupira et s'assit sur le canapé.
(* * *)
Bill ne lâcha pas un mot pendant le dîner, la tête appuyée sur sa main, il se contenta de jouer avec les morceaux de pommes de terre que Simone lui avait servies un peu plus tôt.
Tom essayait d'attirer l'attention de son frère en lui donnant des petits coups de pieds sous la table, mais le seul résultat qu'il obtenait étaient des regards courroucés et venimeux. Bill ne faisait pas la tête aussi longtemps d'habitude, souvent il boudait, mais quelques minutes après l'objet de leur dispute était oublié et les choses reprenaient leur cours normal. Quelque chose n'allait pas.
Le dessert à peine terminé que Bill se leva, rangea son assiette dans le lave-vaisselle et monta dans sa chambre en marmonnant un vague « bonne nuit ».
Simone haussa les épaules, elle avait l'habitude des humeurs changeantes de ses fils. Elle irait parler à Bill si ça ne s'améliorait pas mais pour le moment rien d'inquiétant.
Tom prit le temps de terminer sa pomme puis il aida sa mère à débarrasser la table, il savait qu'il n'était pas trop en odeur de sainteté avec cette histoire de colle après les cours, alors autant mettre toutes les chances de son côté pour ne pas réveiller le courroux de sa mère, elle avait beau être cool, si elle se mettait en colère, c'était une dragonne.
Il monta à l'étage, pris le temps de se doucher et vêtu de sa tenue de nuit favorite, un très large tee-shirt et un caleçon pas vraiment joli, il décida d'aller voir Bill. Il n'aimait pas quand il lui faisait la tête.
Il toqua doucement à la porte de la chambre de Bill mais comme il s'en doutait un peu, il n'obtint pas de réponse. Il entra et se retrouva dans le noir, seule la lumière émanant du petit écran de la chaîne hifi éclairait la pièce, il vit que le jeune brun était allongé sur son lit. Il écoutait encore cette chanteuse, il l'adorait, la vénérait.
Tom referma la porte derrière lui et s'allongea à côté de son frère sur le grand lit défait. Bill ne dit rien. Il écouta un moment la musique puis demanda doucement.
« Bill...pourquoi tu es en colère contre moi ? »Bill inspira puis expira longuement.
« Tu as dit que j'étais un bébé... »
« J'ai pas dit ça. »
« Si, tu as dit que tu serais obligé de te battre deux fois plus pour moi, ça veut dire que je ne sais pas me défendre, et que mes cheveux et mon maquillage c'est moche, qu'ils vont pas aimer, et... »La voix de Bill s'emballait, Tom le sentait au bord des larmes.
« Bill, non, non...Je voulais pas dire ça, tu sais, je voulais te dire...tu as raison, de faire tout ça, de faire comme tu as envie, et que si les autres rigolent et ben je les laisserai pas faire, ils ont pas le droit. »Tom sentit son frère se rapprocher et se coller à lui.
« Pourquoi ils ne m'aiment pas ? Pourquoi ils sont comme ça ? »La voix de Bill était étouffée, il avait enfoui sa tête dans le cou de Tom, s'agrippant à lui.
« Parce qu'ils sont cons »
« Tom... » gémit Bill,
« Ils me trouvent moche et bête. »Tom entoura Bill de ses bras, le protéger encore et toujours.
« C'est des connards, tu n'es pas bête du tout, moi je le sais, tu n'es pas bête Bill. » Tom parlait doucement, caressant le dos de son petit frère.
« Et tu n'es pas moche, forcément puisque tu es mon jumeau, tu ne peux pas être moche. »Il fallait qu'il dise une connerie, l'atmosphère était trop sérieuse et il avait vraiment du mal avec ça.
« Tom... » gémit de nouveau Bill.
« Hm... » Tom rougit, vraiment pas doué pour ces trucs là,
« Moi, je te trouve très beau. »
« Normal, tu es mon frère, tu peux pas dire le contraire. »Tom souffla, un n½ud en train de se faire ou de se défaire dans son estomac, il ne savait pas trop.
« Même, même si j'étais pas ton frère, je te trouverai beau. » il l'avait dit tout bas et très vite, Bill n'était même pas sur d'avoir compris.
« C'est vrai Tomi ? »Une vague bizarre dans son ventre, comme chaque fois que Bill l'appelait comme ça.
« Oui, très beau. »Et Tom était sincère, quand il était rentré plus tôt dans la soirée et qu'il avait vu les changements opérés par Bill, il l'avait trouvé vraiment beau. Il l'était déjà avant mais là, les choses avaient changé.
« D'accord...Je t'aime Tomi, me laisse jamais d'accord ? »« Jamais... » murmura Tom.
« Jamais. »Si Tom aimait, alors le reste n'avait aucune importance.
C'est ce soir là, que le mot incohérence ne fit plus partie de la personnalité de Bill Kaulitz. Désormais, il serait ce qu'il voudrait être, n'en déplaise aux autres.
(* * *)
Et effectivement Bill ne se formalisa plus du regard des autres pour avancer, uniquement de ses envies, de l'avis de Tom et de celui d'Andy, son meilleur ami.
Il avait bien grandi depuis ce fameux soir, Tom était resté tel qu'il était, populaire et sûr de lui, Bill s'était affirmé, les traits de crayon autour de ses yeux s'étaient précisés, son style également, sa personnalité encore plus. Enfin, sa personnalité notoire. En public, Bill Kaulitz était ce mec grand, fin, maquillé, aux cheveux noirs et vêtements près du corps à la sexualité revendiquée, au sourire magnétique, capable de séduire n'importe quel mec avec ses manières ambiguës et ses yeux envoûtants.
Mais ça c'était la version officielle. Officieusement, c'est-à-dire, un peu avec Andreas, beaucoup avec Tom, Bill était encore un petit garçon fragile. Il respirait, transpirait même l'assurance devant les autres, mais à l'intérieur, c'était différent, sentiment d'insécurité perpétuel, peur de ne pas être aimé qui transparaissait dans sa volonté de multiplier les conquêtes. Il avait besoin de se sentir entouré et il ne choisissait pas toujours les bonnes personnes.
Ce soir-là, il était près de minuit lorsque Tom entendit toquer à sa porte, il savait qui c'était et n'avait même pas besoin de lui dire de rentrer, Bill avait une permission tacite et perpétuelle. S'il toquait encore, c'était plus par respect qu'autre chose.
Tom attendit, pinçant doucement les cordes de sa guitare sèche, comme chaque soir, sa clope et sa guitare, rien d'autre, ah si, son frère parfois, pour l'écouter et fredonner sur ses mélodies.
Il sentit le lit s'affaisser auprès de lui.
« Alors ? » demanda-t-il sans quitter ses doigts des yeux. Il travaillait sur cette mélodie depuis le début des vacances, il la voulait parfaite.
« Bof »
« Comment ça bof ? Tu le voulais, tu l'as eu »
« Ouais, mais bof. »
« Mauvais coup ? »
« Même pas. »
« Alors quoi ? »
« Je le voulais vraiment... »
« Hm. »Tom avait compris, Bill l'avait eu, mais pas de la façon dont il le voulait, il l'avait eu comme il en avait eu plein d'autres avant, pour une soirée, une nuit, pas plus. Et c'était ça le problème.
« Fais chier. » souffla Bill en se laissant tomber en arrière.
« Le prochain, Bill. »
« Tu me dis toujours ça. »
« Tu trouveras. »
« Peut-être. »Il s'amusait beaucoup, mais dans le fond, il ne voulait qu'une seule chose, de la sincérité, un peu d'amour. Oui, il croyait encore en cette saloperie.
« Putain Tom, il m'a baisé, il m'a dit que c'était cool et il m'a dit de partir. »Le ventre de Tom se serra, Bill lui racontait toujours tout, et à chaque fois, sans trop savoir pourquoi il avait un peu mal au c½ur, un peu de colère, un peu de tristesse parfois. Diffus, mais présent.
« Un connard. »Bill ne répondit pas. Tom continua de jouer. Puis il entendit Bill renifler doucement. Merde.
Il posa la guitare et s'allongea à côté de son frère.
« Hey...pas pour lui. »
« C'est pas pour lui. »Les larmes glissaient jusqu'à ses tempes.
« Bill... »Tom n'aimait pas du tout ça, il n'était pas beaucoup plus doué avec les mots qu'il y a quelques années, mais s'il y avait bien une seule chose qu'il savait, c'est qu'il avait du mal à supporter de voir Bill pleurer.
« Dis-moi... » continua doucement Tom.
« Tu sais déjà... » il ferma les yeux fort
« Mets de la musique, s'il te plaît. », Tom se leva et choisit le répertoire « Toi » dans son I-pod, puis il le connecta sur la station d'accueil et la musique commença à emplir la pièce. Le blond savait exactement quel titre il fallait mettre. Bill avait toujours les yeux fermés, à moitié couché sur le lit de Tom, lentement ses lèvres se mirent à frémir puis il commença à chanter silencieusement sur ces paroles qu'il avait tant de fois entendues.
« C'est des putains de connards Tom et moi je sais même pas ce que je cherche. »Tom ne répondit rien, Bill était parti pour parler, parler beaucoup.
« J'me dis, « lui il est mignon, y'a moyen qu'on passe un bon moment », tu vois au début j'me dis que ça serait l'histoire d'une nuit, et après, j'me fais pleins de films dans ma tête, et je vois pleins de trucs qui pourraient se passer, des trucs bien, et au final, on baise et c'est fini. Et moi je m'attends à plus, à tous les trucs que j'ai imaginé. Mais c'est de la merde. Que de la merde. »Tom était allongé sur le côté, sa tête soutenue par sa main, il regardait Bill. Doucement il approcha sa main de la joue de son petit frère et commença à la caresser du bout des doigts, l'apaiser, il voulait juste l'apaiser.
« En fait, je suis juste...nul, tu vois, pourquoi je sais pas faire comme les autres, pourquoi je sais pas m'en foutre ? »
« Parce que t'es pas comme les autres. » répondit Tom en continuant à lui caresser la joue.
« Ouais, ça craint. »Il avait arrêté de pleuré, mais il gardait les yeux fermés, écoutant la musique, ressentant les doigts de Tom parcourir légèrement sa peau.
« Non, c'est tant mieux. » murmura Tom.
Il regardait le beau visage de son jumeau se découper dans l'obscurité. Les années passant, ils avaient fini par se ressembler de moins en moins, la façon que Bill avait de se mettre en valeur le rendait plus fin, plus beau. Son magnifique petit frère. Son magnifique et parfait petit frère.
Ses doigts se promenaient sur la joue de Bill, allaient jusqu'à son menton, pour redescendre un peu sous sa mâchoire. Il voyait ses traits se détendre.
« Peut-être que je le trouverai pas... »
« Moi, je suis sûr que si, tu le mérites. »
« J'espère... »Pas moi.
Tom fronça les sourcils et stoppa ses gestes. Il l'avait pensé tellement fort, la première fois que son esprit lui disait aussi clairement. Le n½ud familier se reforma au creux de son ventre. Il n'était pas sûr de vouloir que Bill appartienne à quelqu'un d'autre. En fait si, il en était sûr, il ne voulait
vraiment pas.
Bill ouvrit un peu les yeux et tourna la tête vers Tom.
« Continue. »Il referma les yeux et les doigts du blond reprirent leur chemin. Sur ses joues, son front, Tom se rapprocha un peu.
« Tomi ? »
« Hum ? »
« Tu te souviens de ce que tu m'as dit, il y a longtemps ? Tu m'as promis que tu me laisserais jamais. »
« Oui, je m'en souviens. »
« Tu vas la tenir ta promesse hein ? »
« Bien sûr. »
« D'accord. »Et plus Tom le regardait, plus le n½ud dans son ventre prenait de la place.
Bill gémit doucement, c'était agréable. Il avait chaud, il était tout contre Tom, il était bien, il voulait rester là pour toujours.
Il sentait les délicates caresses de Tom sur son visage, dans son cou, personne n'était aussi doux avec lui, personne d'autre que son frère.
Il avait toujours les yeux fermés. Ressentant la musique, et Tom, uniquement. Mais il entendait de moins en moins les paroles et la mélodie, se concentrant davantage sur le contact léger sur son visage, puis sur ses lèvres. Ses lèvres...Tom touchait ses lèvres, délicatement, timidement, retraçant les contours, la pulpe. Etrange...mais c'était Tom.
Bill gémit doucement. C'était agréable, enfin plus que ça, sans vraiment savoir ce que c'était, il s'en fichait en fait. Il voulait juste que ça ne s'arrête jamais.
Et une étincelle explosa dans le c½ur de Tom, c'était tout petit, mais il l'avait bien senti. Il n'y avait que Bill et lui. Bill pour lui. Bill à lui. Uniquement.
Et il se fit peur.
(* * *)
Lorsque Bill se réveilla le lendemain matin, il n'eut pas besoin d'ouvrir les yeux pour savoir où il était.
Il était au chaud sous cette grosse couette, allongé sur le côté, son visage dans le cou de l'autre, respirant sa peau, le sentant palpiter contre son nez, rythme régulier des battements de son c½ur.
Il ne bougeait pas.
L'odeur de Tom, différente de la sienne, moins sucrée plus masculine, légèrement musquée. Bill l'adorait. Elle l'apaisait, le rassurait, il se sentait bien.
Il remua légèrement, leurs jambes étaient emmêlées et il commençait à être un peu engourdi. Il entendit Tom gémir doucement et ouvrit les yeux, deux prunelles chocolat face à lui.
« Bonjour. », dit doucement Bill la voix pleine de sommeil, un peu rocailleuse.
« 'jour. »Tom se tourna vers Bill, et se colla à lui, trouvant une place dans ses bras, plongeant dans son torse, il avait besoin d'être tout contre, le sentir à lui encore un petit peu, juste à lui, sous cette couette, au chaud, eux deux, mélangés, dans le noir, cocon.
Tom releva un peu la tête et colla sa bouche sur le cou de Bill, il avait ce besoin de le sentir contre ses lèvres, sentir sa peau vivante, sa chaleur.
Bill ne dit rien, c'était pas bizarre, pas étrange, juste eux, normal entre eux. Et encore une fois, une de ces rares fois, Bill se sentait bien, en harmonie, avec lui-même, et avec l'autre. Et cet autre, c'était forcément Tom, parce que c'était toujours Tom. Le seul.
Le grand frère dans les bras du petit, au sens propre comme au sens figuré. Clairement inhabituel. Mais à ce moment là, un matin de vacances, leurs corps fins mélangés sous la flanelle, leurs yeux clos, leurs c½urs battants comme un seul, c'était Bill et Tom, simplement, évidemment.
(* * *)
Sans vraiment en parler, sans jamais l'évoquer, ils dormaient de plus en plus souvent dans la même chambre. Celle de Tom. Toujours. Bill l'aimait bien, la couette était plus épaisse, les rideaux bordeaux donnaient une teinte toute rose à la pièce les matins de soleil et surtout les draps sentaient Tom. Chaque nuit, durant son sommeil, Bill lui prenait son oreiller et enfonçait son visage dedans. Tom, réveillé par le geste souvent brusque de son frère, le regardait faire, puis se rapprochait de lui, mélangeait leurs jambes et luttait pour ne pas s'endormir. Il voulait entendre sa respiration lente et profonde, saisir ce moment unique d'apaisement ultime, rien n'allait mal, tout était parfait, ils étaient ensemble. Puis enfin ses yeux se fermaient et il le rejoignait dans le coton de leur rêve.
(* * *)
« Tu as des projets pour ce soir ? » demanda Tom avant de boire une gorgée de son soda.
« Hm, peut-être, je sais pas encore. »Bill jouait nonchalamment avec une longue mèche noire l'enroulant encore et encore autour de ses doigts.
« C'est qui ? »Bill leva les yeux vers son frère, il avait deviné, forcément.
« Tu sais, ce gars, je t'en ai parlé, celui qui est en Terminale, on va sûrement aller boire un verre ce soir, m'attend pas... »La main de Tom se serra un peu plus fort autour de la canette, faisant craquer le métal fin.
« D'accord, fais attention à toi, appelle-moi si besoin. »Il lui disait toujours ça, même lorsqu'il allait faire du shopping. Tom était là pour le protéger.
(* * *)
Il se réveilla en sursaut, saisissant son cellulaire, une heure et quart indiquaient les chiffres sur l'écran, pas de message, pas d'appel manqué.
Il essaya de calmer les battements de son c½ur qui résonnaient dans ses tempes, lorsqu'il entendit le grincement familier de la porte d'entrée, il l'aurait reconnu entre mille.
Quelques secondes plus tard, la porte de sa chambre s'ouvrit lentement et se referma tout aussi doucement. Bill faisait attention à ne pas faire de bruit, pour ne pas réveiller Tom. A tâtons, il se rapprocha du lit et Tom l'entendit plus qu'il ne le vit, déboucler sa ceinture, et ôter ses vêtements. Il allait dormir en sous-vêtements, comme à l'accoutumée. « Tant mieux » pensa Tom, et il refusa de laisser son esprit lui dire combien cette idée pouvait paraître étrange dans ce contexte.
Il sentit le matelas s'affaisser et se redressa un peu.
« Hey. » chuchota-t-il.
« Hey, tu ne dors pas ? » demanda Bill tout aussi doucement.
Il passa par-dessus Tom et se glissa sous la couette. Il dormait toujours du côté du lit qui jouxtait le mur. C'était comme ça.
« C'était bien, ta soirée ? »
« Non »
« Pourquoi ? »
« Je sais pas »
« Il était pas bien ? »
« Si, mais... »
« Mais ? »Bill se mit sur le côté et cette fois-ci c'est lui qui se blottit contre Tom. Chaleur réconfortante. Tom passa son bras juste au-dessus de la hanche de Bill, le laissant reposer au creux de celle-ci, sa main caressant doucement le bas de son dos, la peau douce, le fin duvet sous ses doigts.
« J'ai pas eu envie. »
« Pourquoi ? »
« Il était gentil, mignon, il avait pas l'air d'avoir juste envie de mon cul. Mais j'avais pas envie...J'comprends pas vraiment. »
« C'était pas Lui. »
« C'est jamais Lui »Bill se rapprocha encore plus de son frère, Tom sourit, le brun avait posé ses lèvres dans son cou, comme lui le faisait souvent aussi. C'était un peu leur geste, à eux. Tom aimait faire ça, il sentait tout de Bill, son odeur et comment il allait, les ralentissements et les accélérations des battements de son c½ur. Il fermait les yeux et tout allait bien.
Tom commençait doucement à s'endormir lorsqu'il sentit les lèvres de Bill bouger dans son cou, d'habitude ils ne bougeaient pas, restaient juste l'un contre l'autre. Mais là, c'était différent. Il ne disait rien, et Bill bougeait. Il effleurait juste, légèrement. Tom sursauta, ouvrant les yeux, sans pour autant s'écarter, il avait senti la langue de Bill, dans son cou.
« Bill...tu fais quoi ? » chuchota Tom.
« J'en sais rien... tu veux que j'arrête ? »
« Je sais pas, je crois pas. » Tom n'en savait réellement rien. Il se disait que là, c'était un peu étrange, mais il ne savait pas si c'était étrange parce que c'était nouveau et parce que si c'était Bill qui le faisait. Il décida que c'était juste nouveau.
Il se détendit, fermant à nouveau les yeux, laissant ses doigts jouer doucement juste en bas du dos de son frère.
Bill passa sa main sur le ventre de Tom. Il ne savais pas vraiment pourquoi il faisait tout ça, en fait il en avait juste eu envie. Il voulait savoir quel goût avait Tom, simple curiosité au départ. Pendant quelques secondes, il se dit que c'était surprenant, mais cette drôle d'idée s'éloignait à mesure que le temps s'écoulait. Encore une fois, ce n'était pas bizarre, c'était juste eux.
Il avait commencé à le faire sans aucune arrière pensée. Juste instinctivement, parce que sur le moment ça lui avait semblé être la meilleure chose à faire.
Et maintenant, plus sa bouche parcourait le cou de Tom, moins le jeu devenait innocent.
Plus, il sentait Tom se tendre contre lui, plus son ventre se serrait, de peur et d'autre chose. Plus il sentait les doigts de Tom se crisper au bas de ses reins, plus il s'enhardissait.
Bill sentait de drôle de fourmillements juste en haut de ses cuisses, ce n'était pas désagréable, ça faisait comme lorsqu'il avait bu du champagne, ses jambes et son ventre étaient lourds tout en pétillant.
Doucement, sa bouche remonta vers la mâchoire de Tom, sa main se crispait légèrement sur le ventre plat et dessiné de son frère. Il ne le voyait pas, le sentait peu, mais de toute façon, il le connaissait par c½ur, il l'avait vu des milliers de fois. Vu sans le voir en fait...
Tom ne savait pas quoi faire, vraiment, sa main continuait de se balader dans le dos de Bill, maintenant il pouvait toucher le large élastique de son sous-vêtement, il passait même dessous parfois, un petit peu.
Il sentait les lèvres de Bill, contre sur sa joue, il tourna légèrement la tête. Il était tellement bien, sous la couette, douceur et chaleur du coton, et Bill, là, tout près, très près.
Il sentait la respiration légèrement saccadée de son frère très près de sa bouche, les lèvres jumelles effleurer sa peau, et le bas de son ventre qui se crispait agréablement.
Ses doigts s'enfoncèrent dans la peau chaude et duveteuse, il sursauta, la langue de Bill, au coin de ses lèvres, enfin peut-être, il ne savait pas trop. Ca avait été bref. Et maintenant, il ne sentait plus rien du tout. Ou bien si. Bill recommença, Tom le sentit de nouveau juste à la commissure, puis sur sa lèvre inférieure. Très légèrement.
Bill avait l'impression que des centaines de papillons volaient partout dans lui, cherchant à s'échapper, ça cognait, ça vibrait, ça tournait et il faisait très chaud. Et il était contre la bouche de Tom. Il se colla un peu plus à lui et la légère caresse se transforma en un vrai baiser. Il dura deux secondes peut-être, puis ils s'écartèrent. Même pas un instant en fait, aussi vite ils se reconnectèrent, baiser en surface, lèvres simplement jointes. Et Tom s'aventura, écartant ses lèvres, incitant Bill, et enfin...enfin un vrai baiser, langues caressées, mains crispées, corps tendus.
Et sans vraiment qu'ils ne s'en rendent compte l'un et l'autre, Bill se retrouva sur Tom, allongé entre ses jambes. Les mains de Tom allaient maintenant un peu plus loin sous l'élastique et chacun sentait contre son aine quelque chose de troublant. Ce n'était pas nouveau, pas pour Bill, mais différent. Pas naturel ou peut-être que si en fait, ça l'était. Justement.
Inconsciemment, tacitement, ils avaient décidé de ne plus réfléchir et de ne pas laisser à l'autre le loisir de le faire.
Bill sentait le ventre nu de Tom contre le sien, son torse, ses jambes emmêlées aux siennes, différemment de d'habitude, mais de manière tellement excitante.
Ils s'embrassaient toujours, c'était lent, profond, et intense. Bientôt, le dos de Bill se cambra, ses hanches s'enfonçant dans celle de Tom. Un même gémissement.
Les doigts de Tom passèrent franchement sous l'élastique du boxer de Bill, rougissant dans le noir, se disant en même temps que c'était le cours des choses, qu'il avait
envie de faire ça. Il le repoussa vers le bas, puis fit de même avec le sien.
Lorsque Bill commença à bouger sur lui, il se mit à trembler, c'était la chose la plus étrange qu'il ai jamais vécu, un homme contre lui, son
frère contre lui. La plus étrange et aussi la plus excitante. Sentir Bill aussi dur contre lui, au moins autant que lui, c'était la situation la plus intense de sa jeune vie. Et pendant un bref instant de lucidité, il se dit que ça ne pourrait arriver qu'avec Bill. Juste Bill.
Leurs deux corps bougeant, au même rythme, glissant, leurs peaux en sueurs sous l'épais édredon. Tellement chaud.
Les mouvements s'approfondissaient à mesure qu'ils les intensifiaient, plus fort, encore plus fort. Le bassin de Tom partait vers le haut, cherchant Bill, le contact ultime. Et Bill tremblait de plus en plus fort, sa bouche ne quittait pas celle de son jumeau.
De plus en plus désordonnés, leurs ventres serrés, ils se sentaient tellement proches, l'un et l'autre, l'un de l'autre, prêts à venir, ensemble, nécessairement.
Bill plaqua sa bouche contre Tom, ils se tendirent.
Lentement Bill se détacha de son frère, s'allongeant à côté de lui, sans pour autant s'en éloigner.
Tous les deux savaient qu'à partir de maintenant les choses avaient changé, c'était irrémédiable, jamais ils ne pourraient venir en arrière, si tant est qu'ils le veuillent.
Tom se sentait profondément satisfait, physiquement et émotionnellement, il était arrivé là où il devait être. Simplement. C'était le début.
« C'est Toi » murmura Tom étouffant un bâillement.
« Oui, Toi » Bill n'avait pas besoin que son frère lui explique, il savait exactement ce dont Tom voulait parler.
« Je le savais. »
« Tu le savais ? »
« Oui. » Tom bailla à nouveau.
« Tu es à moi. »
« A toi, oui. »Tom ferma les yeux et mêlé à Bill, il s'endormit.
Plus d'erreur, plus d'incohérence, les choses étaient en ordre désormais.
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FIN.